L'organisation en pays "Bété"

 L'organisation sociale chez les bhétés
Par Naounou Kore & Noêl Koudougnon


La société bhété est patrilinéaire. La filiation se fait par les hommes et est issue d'un ancètre commun. Le patrilignage est différemment appelé glegbo, kossou, glégbé ou ligbeu, selon les différents parlers. On peut adjoindre des éléments extérieurs à cette souche originelle. Ce sont les neveux utérins (golowan)("gwléyoué" dans le parler de Gagnoa), les captifs (guewan) et les affiliés ou dépendant (lalawan, gnegbadjolo, gnogba ou wugba). Si possible, on parlera,  dans un autre document, de l'esclavage chez les bhete.
 
Le lignage (kossou) est lui même divisé en sous groupes (zwa, souo ou soué). Et l'ensemble des Kosswi forme le village (dou, gbeu, golo). Autrefois, un village n'était constitué que d'un seul lignage (koussou). C'est de là que vient cette forte tendance à l'exogamie des bhete.
Au sommet de la pyramide, il y a la tribu. Un regroupement de plusieurs villages. Ils ont souvent une desendance commune. La tribu est désignée par le terme "dikpeu". Elle a surtout une fonction de défense. Il existe des confédérations de tribus, de création récente, et qui sont issues d'un découpage colonial. Ce sont les cantons. Ce mot est intraduisible en bhete.
La société bhete n'est pas nobilaire mais elle n'est pas égalitaire non plus. Les individus n'y ont pas le même statut.L'age, le sexe, la fonction, l'ascendance paternelle ou maternelle détermine le niveau de presitige et de pouvoir. Le bhiteba (chef de famille) domine les yourougué et les gnegbadjolo. Les vieux ont plus de pouvoir que les jeunes. Les neveux utérins (golowan) jouissent de certains privilèges et passe-droit que leur envient leurs paternels. les guewan (esclaves) sont au service des nekpa nekpa (hommes libres).
Il n'y avait qu'une seule langue avant la seconde dispersion des bhete (lire le document sur la guerre de Kpeutiéwonon). Elle a connu des distorsions et des modifications avec le contact des autres peuples. La langue souche semble être celle parlée à Soubré, Guibéroua et Saioua. Je laisse ce chapitre à mon éminent collègue Seli Zegou.
La religion bhete comporte 2 niveaux. Un niveau théorique, très englobant, qui parle de l'univers et des relation entre Dieu (Lago  ou Lago Tapé) et les hommes et un niveau pratique qui gère le quotidien des hommes et apporte des solutions aux problèmes (santé, désordre social etc..).
En depit de quelque variantes notées, il y a un fond culturel commun. Le culte du bagnon est présent dans toutes les régions bhete. Chaque village a son bagnon. Il est désigné selon des critères physiques et moraux. Il est respecté et consulté en raison de sa vie exemplaire. On lui voue un véritable culte.
La société bhete est guerrière. On exalte l'héroïsme, la générosité et l'action. Les enfants sont initiés aux activités martiales. La couardise et la lacheté sont sévèrement punies.
Si elle n'est pas égalitaire, la société bhete est solidaire. La culture de l'esprit communautaire y est de mise. La convivialité, la générosité en la commensalité confèrent notoriété et considération. Le "yananon" est l'état de celui qui est disposé au partage.
La production artistique est riche et variée. Elle est dominée par la danse et la chanson. Elles régisssent les événements, heureux ou malheureux, de la vie sociale. Chaque région a son pepe ou tite, semaine artistique tournante qui rassemble plusieurs villages. 



   Autorité et pouvoir chez le Bété
Dans nos contrées, il existe plusieurs types de pouvoirs. Il y des pouvoirs monarchiques et des pouvoirs démocratiques.
Certaines monarchies sont absolutistes, comme chez lez Akan. Chez ce peuple, le roi désigné (uniquement dans la même famille) dispose de tous les droits sur les hommes et sur les terres. Il a droit de vie et de morts sur ses sujets. Il est infaillible et ses décisions sont irrévocables.
Il y a aussi des monarchies dites constitutionnelles, comme chez les abourés. Le roi est désigné dans la même famille mais son pouvoir est encadré par le Grand Conseil composé par le Mlintin, Chefs de famille élus dans la noblesse. On y trouve aussi les classes d’âge qui ont accompli leur service militaire et qui représente le peuple dans cette assemblée. Le Roi a un pouvoir viager contrairement aux autres peuples lagunaires.
Les démocraties des lagunes (ou démocratie par classe d'âge) : le pouvoir a une durée limitée. Les classes d’âge l’exercent par rotation périodique. Le processus varie selon les peuples.

Les démocraties lignagère pratiquée chez les bhete ou krous : le pouvoir n’est pas l’apanage d’une famille. Il n’est pas héréditaire en dehors du lignage. Le chef est désigné par la communauté sur la base de valeurs précises. Il gère la communauté aves les représentants de tous les lignages, membres de la notabilité.
-         L’age : qui contient un capital de sagesse et dans lequel on reconnaît de grandes vertus
-         La personnalité : qui attire le respect et l’admiration. Il faut y ajouter la franchise et la sincerité ;
-         La fortune : la richesse mène au pouvoir. Le chef être généreux et avoir les moyens de manifester son prestige social et sa générosité ;
-         La descendance : la qualité de membre d’un bon lignage peut conduire au pouvoir. Le bhete dit « Gbi yê gouale gbi ê gouale bha » ce qui signifie « si la panthère met bas, elle met bas une panthère ». La panthère est le symbole de la puissance et du courage. Un grand homme engendrera un autre grand homme. Le bhete exalte l’héroïsme mais la force brute, seule ne suffit pas, il faut l’accompagner d’une forte dose d’intelligence, de courage et de subtilité.
-         L’éloquence et le maitrise des us et coutumes : On s’adresse au chef en cas de conflits graves. Son habileté, sa sagacité et sa connaissance approfondie de la culture bhete peuvent aider dans le règlement des conflits. Il peut déléguer son pouvoir au "Gbobhlégnon"
Au total, celui qui un grand nombre de ses qualités, peut être obtenir le pouvoir.
Le pouvoir n’est pas institutionnel, il est de fait. Les dauphins des chefs en exercice sont connus de tous de sorte que la succession se fait normalement sans aucun délai.
L’autorité est représentative et démocratique. S’il y a la moindre contestation dans la désignation du successeur, la communauté est appelé à désigner, par un débat public, son chef (de nos jours, on procède à un vote).
L’administration villageoise :
Le conseil des anciens est composé des notables représentant les lignages et de l’aréopage des guerriers. Ses délibérations sont publiques ou secrètes, selon les cas. La réalité de pouvoir exécutif est dévolue à ce conseil sous la présidence du « golo lowouli » ou chef du village. Certaines personnes sont membres de ce conseil, en raison de leur fonction :
Le « gbeugba lowouli » ou grand prêtre. Il est chargé de la protection du village. Il veille au respect des interdits collectifs.
 Le « yakasanyo » ou griot traditionnel, véritable mémoire vivante, il a un rôle de guide politique. Il possède des connaissances étendues et sait exalter l’héroïsme en rappelant des modèles historique. Il est l’éminence grise du « golo lowouli ».
 « wozewozenyo », héraut ou crieur public : Choisi en raison de sa voix, il diffuse les informations d’intérêt public la nuit et à l’aube.
 ; « yêbêsanyo », artistes historien. Détenteur du « tigblakwa » le tambour parleur, il récite les devises des grands hommes. On a aussi comme historien, le "dôdô bhlégnon", jour de l'arc musical.

La tribu ou dikpeu (dikpi à Gagnoa)
L’administration de la tribu est comparable à celle du village. Le choix du chef de tribu est fait par les chefs de village. Le choix est porté sur celui donc eux qui a une aura charismatique.
La tribu est une aire politique, juridique et militaire. Le chef préside son conseil qui regroupe les grands notable de la tribu.
Il préside les procès relatifs aux affaires qui mettent à mal l’ordre et la sécurité.
Les guerres intertribales avaient un caractère permanent. La tribu devait donc manifester sa cohésion avant et pendant les crises
L’armée de la tribu est commandée par le plus hardi des guerriers, le kalekalenyo. Le Chef de tribu est le dépositaire du tam-tam de guerre, symbole de son pouvoir.

La confédération des dikpeu (baptisée « canton » par l’administration coloniale).
Même si la conscience confédérale est manifeste, il n’existe pas de pouvoir permanent et centralisé comme le village et la tribu. L’administration coloniale, par soucis de d’efficacité dans l’embrigadement, avaient installé des chefs de canton pour commander ces ensembles.

Limites du pouvoir :
Le pouvoir est certes viager mais il n’est pas absolutiste. La société bhete n’est certes pas égalitaire mais elle reprouve l’arbitraire, d’où qu’il vienne. On se rappelle le bannissement du puissant Zokou Gbeuli lorsqu’il s’est fait justice à la mort de son oncle en molestant le supposé coupable au mépris de l’immunité dont jouissait ce dernier.
Le chef à une pouvoir viager mais il peut être contraint à l’abdication pour des motifs graves
L’incapacité, la faiblesse et la veulerie sont des motifs de destitution. Il y a aussi la santé et la sénilité qui amène le peuple à se séparer de son chef.
Le chef atteint de trouble mentaux perd son pouvoir sans restriction.

Comme vous le voyez, le pouvoir bhete est très décentralisé.  La société est presque libertarienne mais elle est aux antipodes des sociétés anarchistes que certains historiens ont dépeintes en parlant du peuple bhete.
Nous parlerons du système judiciaire dans la prochaine publication.













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